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AGANOVICH Let's Murder The Moonshine

« En matière de parfums, plus qu'ailleurs, tout est dans l'évocation. » Brooke Taylor


Let’s Murder the Moonshine, le premier parfum du duo Aganovich, est effectivement un concentré d’évocations, tant olfactives que narratives. Sa création est le fruit de deux rencontres, entre Nana Aganovich et Brooke Taylor, d’abord, et avec Arnaud Poulain, ensuite, le Nez et le fondateur des Eaux Primordiales. La fragrance, inspirée par l'atelier du peintre irlandais Francis Bacon, réunit la folie créatrice et la passion dévastatrice. Les notes de bois brûlé, de gouache, d’encens et d’encre retranscrivent l’énergie créatrice et la « beauté terrible » du travail du peintre. Tout un monde, intime et personnel, dévoilé au cours d’une interview à coeur ouvert. 

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Let’s Murder the Moonshine, rien que ça ? 
C’est non seulement un titre emprunté au poète italien Filippo Tommaso Marinetti, mais c’est aussi et surtout le tout premier livre que Nana m’a offert, une édition originale de ses essais. Je suis tombé amoureux du Futurisme, des manifestos, de Marinetti lui-même, et particulièrement de Let’s murder the moonshine, un texte fondateur qui a mené à la création du Futurisme. Nous avons d’ailleurs appelé notre premier show comme ça. Quand Nana m’a donné ce livre, nous étions tous les deux complètement fous. Cette rencontre explosive, qui n’était sans doute pas dans nos meilleurs intérêts, marque le début d’une époque folle pour nous deux. A l’époque, elle se grimait comme un clown tous les jours, elle avait cinq passeports dans son sac à main et des liasses d’argent liquide. Je me suis vraiment demandé dans quoi je m’embarquais. Elle était à la fois très provocante et très pro. Elle a par exemple été acceptée à Central Saint Martin après seulement vingt minutes d’entretien… Nous avons passé les deux ou trois années qui ont suivi à parcourir Londres de fond en comble, de ses pires bas-fonds à ses hôtels 5 étoiles. Nous dévorions la ville avec voracité, ce qui était plutôt nouveau pour nous deux. Let's murder the moonshine, c’était aussi ça, tuer la nuit, profiter… 


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Votre rencontre avec Arnaud était inattendue, elle aussi.
Arnaud était dans l’entourage d’un de nos groupes d’amis depuis longtemps, sans que nous ayons compris qui il était ou ce qu’il faisait. Il parle peu. Il est très grand, avec un physique puissant de joueur de rugby, et nous n’aurions jamais imaginé qu’il était parfumeur, même s’il avait clairement l’air d’un homme qui sait faire des choses. Une nuit, alors qu'il pleuvait des cordes, Nana et moi sommes sortis pour boire un verre dans le quartier, et nous sommes tombés sur lui, par hasard. C’était la première fois qu’on discutait vraiment, il a commencé à nous raconter les histoires qu'il met dans ses parfums, et nous avons perdu toute notion du temps. Arnaud va chercher l’inspiration dans son passé, dans sa région du Nord, si importante dans l'histoire de la France. Les Allemands, la guerre, le territoire… C’est un homme du terroir. Il va puiser dans ses sensations, dans les souvenirs de son père et de son grand-père pour faire ce qu’il fait.


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Et pour le vôtre, alors ?
Les recherches ont débuté un peu par hasard. Je parcourais de vieux dossiers pour une réunion de famille et je me suis mis à trier et mettre de côté des photos importantes, touchantes, comme pour un mood board. Celles de ma grand-mère et de mon grand-père, pour commencer, des personnalités extravagantes, toujours dans l'ivresse. Ils ont été visiblement très riches pendant une courte période, avant de dépenser tout leur argent dans leur vie mondaine des années 20. Ils incarnent totalement l’esprit des Années Folles. J’ai trouvé une images des parents de Nana. De photos de squats. Des expérimentations que nous avions faites sur les clowns, en référence à Nana, évidemment. Des images de mon meilleur ami, de Las Vegas, du demi-frère adoptif de Nana, lui aussi très clownesque, très tragique. Deux chefs, épuisés dans un restaurant, qui m’avaient marqué. Et l’atelier de Francis Bacon, qui est à nos yeux l'un des artistes les plus beaux et les plus singuliers. Nous avons alors proposé à Arnaud de passer au studio. Il est venu, il a regardé le mood board, il est reparti. Trois jours, il était de retour avec un échantillon qu’il nous a tendu en disant « C’est ça ».  Et, effectivement, c’était ça. Comme une usine de peinture qui aurait pris feu, la nuit, et dont l’odeur chimique se répandrait à travers la forêt. Quelque chose de direct, comme un coup à la tête. Nous avons fait quelques affinages mais il avait compris.


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D’autres parfums à venir ? 
Oui, nous avons prévu de créer toute une gamme de parfums sous le nom d’Aganovich, mais avec Arnaud. C'est un joli petit pont, comme toute véritable amitié. Et c’est un privilège de travailler avec quelqu'un qu'on connaît, à qui on fait confiance, et qui a autant d'expérience. 

Pour qui avez-vous imaginé ce parfum ? 
Pour nous, d’abord, qui l’adorons. Nous le portons tous les deux, puisqu’il est unisexe. Et pour ceux et celles qui le reconnaîtront.