SIMON GHRAICHY – Ovni Sans Frontières

Chez Leclaireur, on aime les belles amitiés qui naissent pour durer. 2016 marque l’année de notre rencontre avec Julien Benhamou, photographe officiel de l’Opéra et expert ès mouvement, et de trois collaborations spectaculaires. Des danseurs étoilés aux étoiles de la musique, il n’y a qu’un entrechat. Le jeune pianiste prodige Simon Ghraichy, aussi à l’aise dans du Yohji Yamamoto que du Uma Wang, déploie son talent et son corps longiligne pour une séance photo exclusive et un édito qui respire la musique. Intégralement habillé par la team Leclaireur. Simon a joué, joué le jeu, et même répondu à quelques questions.

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Manteau, Yohji Yamamoto. Chemise, Wooster + Lardini.
Pantalon, Comme des Garçons.

L : Mais d’où viens-tu donc, Simon Ghraichy ?
SG : Je suis né au Liban, d’une mère mexicaine et d’un père libanais. Même si j’ai principalement grandi en France, on a gardé des liens forts avec le Liban, et je vais souvent au Mexique, j’y ai de la famille. J’ai même pu y vivre deux ans. Aujourd’hui, je me sens tout à fait parisien, mais je tiens à ces trois cultures qui rendent ma famille si unique.

L: Quelles ont été tes rencontres artistiques majeures ?
SG : Elles sont nombreuses, à commencer par mes professeurs au Conservatoire de Paris ou à l’étranger, qui m’ont poussé à être qui je suis aujourd’hui. Mais aussi bien entendu mes amis proches et ma famille, cette chaleur humaine c’est le pilier primordial de tout artiste qui s’offre en représentation, un point d’ancrage. J’ai aussi beaucoup d’admiration pour quelques artistes pop ou classique. Mais il y a un pianiste phare pour moi, que je place au-dessus de tous, c’est Vladimir Horowitz (1903-1989), un Russe qui a vécu une grande partie de sa vie aux Etats-Unis. Je m’identifie beaucoup à lui, à la fois de par son jeu, son tempérament et sa coquetterie : c’était un peu une “fashion victim” de l’époque ! Il avait une vie de papy rangé et menait en même temps une existence totalement décadente, sortant en boite de nuit à 80 ans après ses concerts, en costume et noeud papillon. Il a toujours su amener sa dose d’excentricité aux répertoires les plus classiques, de Litz à Schumann en passant par Beethoven. Il avait dans sa façon de jouer cette acidité particulière, si reconnaissable, reflétant son tempérament coquin.

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Manteau, Yohji Yamamoto. Chemise, Wooster + Lardini.
Pantalon, Comme des Garçons.

L : La musique classique, pour l’enfant que tu étais, ça a été une révélation ?
SG : Ca ne m’est pas venu du jour au lendemain, ça découle d’une suite d’évènements. Mon père est avocat, ma mère psy, mais j’ai le souvenir d’avoir toujours vécu avec la musique. Si elle n’était pas pratiquée, elle était en tout cas écoutée. Il y avait de la musique classique et une ambiance très mélomane à la maison, on allait voir des concerts. Beaucoup de Mozart. Beaucoup beaucoup ! J’ai toujours su que j’aimais la musique, et étant fils unique, j’avais beaucoup de temps juste à moi. Nous avions un piano à la maison, et à 3 ou 4 ans, je tapotais dessus pour en sortir des mélodies. Ça n’a pas échappé à mes parents qui ont fait en sorte que je prenne des cours. J’ignorais à l’époque que ça puisse être un métier, évidemment, c’était juste une passion. Jusqu’à ce que je donne mon premier concert à 12 ou 13 ans. L’expérience de la scène a été… grisante. La voilà, ma révélation. Pendant plusieurs années j’ai joué en public, sans pression, parce que j’aimais ça. L’année de mon Bac, mes amis se demandaient ce qu’il allaient faire plus tard, et moi j’ai compris que, quoi que je fasse à côté, ce serait me trahir que de ne pas vivre pour la musique.

L : Est-ce que tu retiens une performance particulière, au cours de ces dernières années, un concert pendant lequel tu t’es senti touché par la grace ?
SG : Il y a parfois des moments exceptionnels, mais deux d’entre eux sortent du lot pour moi, parce que vraiment chargés émotionnellement. Le premier a eu lieu dans l’une des petites salles de Carnegie Hall, à New York, il y a quelques temps. J’étais tendu et joyeux, sous pression, et je me suis lâché comme jamais auparavant. Sans doute parce que c’était ma première fois à Carnegie Hall, avec la dimension “ça y est, je l’ai fait, j’y suis” même si c’est dans la petite salle. Traverser les couloirs et voir les photos d’Ella Fitzgerald, de Horowitz, les dirigeants du New York Philarmonic, de Rostropovitch… tous ces gens passés par-là, et moi, petit dernier, en train de me produire sur la même scène. C’était très, très fort. Cette année, quand j’ai réinvesti le Carnegie Hall, dans la grande salle cette fois, l’émotion n’était pas la même.
Et puis à Berlin, fin 2016, à la Philharmonie de Berlin, il s’est passé quelque chose. J’ai senti dès la première note que toute la salle était en harmonie avec moi. C’est une salle particulière, construite de façon un peu futuriste à une époque où Berlin était coupée en deux, pour montrer à quel point Berlin-Ouest était en avance sur son temps. La scène est au milieu de la salle, le public est tout autour, on se sent donc un peu le centre du monde. Ça sonne tellement bien que, dès la première note, j’ai eu l’impression que toute la salle se transformait en tourbillon.

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Veste et chemise, Uma Wang.
Pantalon, Comme des Garçons.

L : Troisième album, mais premier avec Universal…
SG : Il s’appellera certainement “Héritage”, en référence à tout ce qui m’a construit, mais aussi à cet héritage culturel hispanique auquel je tiens tant, et qui est très présent dans la musique classique. Le classique ne s’arrête pas à Schumann, Beethoven, Debussy, Schubert ou Mozart.
Tout a commencé par un voyage en Amérique Latine, et donc par Villalobos qui est Brésilien, Arturo Márquez qui est Méxicain, Ernesto Lecuona qui est Cubain. Puis j’ai relié ces compositeurs latinos avec des compositeurs européens, espagnols ou français, tel que Debussy qui a dans ses compositions rêvé et imaginé l’Espagne pour mieux l’entendre et la retranscrire dans les mélodies très impressionnistes de son époque. Je voulais créer une sorte de pont entre la culture européenne et latino-américaine, mais en passant aussi par l’Andalousie. Il y a donc également des sonorités orientales renvoyant à mes racines moyen-orientales, libanaises. C’est une véritable carte d’identité musicale.

L : Comment s’est passée la rencontre avec Julien ? Qu’est ce qui a motivé ce choix de photographe ?
SG : Je ne connaissais Julien que par son travail avec les danseurs de l’Opéra. J’aime beaucoup ce qu’il fait, son travail sur le mouvement du corps. Quand j’ai signé chez Universal et que nous avons commencé à travailler sur ce premier album, la question de la pochette s’est vite posée. Ils ont tout de suite pensé à Julien, et je me suis dit que le résultat pourrait être super. On s’est rencontrés rapidement, autour d’un verre, et le déclic a été immédiat, nous savions tous les deux que le résultat serait à la hauteur de nos attentes respectives.
Restait la question du stylisme. Je connaissais Leclaireur de nom et de concept, alors quand Julien m’a parlé de l’équipe de Leclaireur, la réponse nous a semblé évidente. Je possède déjà des costumes de scène, mais rien d’envergure et rien d’inédit. Julien et Leclaireur ont parfaitement réussi à entrer dans mon univers tout en y apportant une touche personnelle. Je trouve le résultat fantastique.

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Veste et pantalon, Comme des Garçons.
Chemise, Wooster + Lardini.

L : Comment s’est déroulée cette sélection ?
SG : Avec des grands noms comme Universal ou Deutsche Grammophon, il était un peu plus légitime d’être habillé par des créateurs renommés, d’imaginer une nouvelle image aussi. La sélection de Leclaireur est originale, excentrique, notamment cette veste Comme Des Garçons dans laquelle je me suis senti immédiatement bien.
J’ai eu beaucoup de coups de coeur pendant les essayages et le shooting. Il fallait répondre aux envies de mouvement de Julien. Mais on a cherché aussi des couleurs, parce que l’album est construit sur des compositeurs et musiques hispaniques, et qui dit Espagne, dit couleurs. Et, j’y reviens, mais cette veste Comme Des Garçons a été une vraie révélation. Elle représente tout ce que je mets dans ma musique : un mélange entre classicisme et flamboyance, cette envie d’être unique. La corps de la veste est tout à fait classique, une veste de costume sombre avec des rayures plus claires, mais les manches sont extraordinaires, et polyvalentes, c’est un vêtement qui se laisse moduler. C’est ce que je voulais.

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L : Un dernier fashion statement pour la route, Simon Ghraichy ?
SG: Voyons voir… On n’est pas obligé de monter sur scène comme Dalida avec des paillettes et des plumes pour être excentrique. Je ne suis pas obligé de m’installer au piano en queue de pie et noeud papillon noir et blanc. J’ai construit mon image artistique sur l’excentricité ET la sobriété. A titre d’exemple, j’aime particulièrement Kris Van Assche et Dries Van Noten, deux créateurs qui réussissent ce mélange et dont je porte encore les costumes sur scène. C’est ce que j’ai retrouvé chez Leclaireur, cet équilibre. Tant et si bien que j’ai craqué : pour fêter la sortie de l’album, le 4 mars, je monterai sur la scène du Théâtre des Champs Elysées avec l’irrésistible veste Comme des Garçons que je porte sur certaines des photos.

L : Comme une rock star ?
SG : Comme une rock star !

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Manteau, Archivio J.M. Ribot.
Veste et chemise, Uma Wang.

« Héritages » par Simon Ghraichy (Deutsche Grammophon) disponible le 17 Février.

Photographe : Julien Benhamou
Assistants : Julien Pannetier et Raphael Lucas
Maquillage & Coiffure : Lola Herbiniere Seve
Merci au Centre Equestre Grange Martin