Isaac Sellam Experience : L’Amour Brut

Isaac Sellam est passé maître dans l’art de réinventer le cuir, tout en évitant soigneusement de chercher à se réinventer lui-même. Avec une soif de liberté jamais assouvie, le créateur pousse le curseur toujours plus loin, en affinant le détail, en creusant le travail sur la matière, et réaffirme une ligne directrice affranchie de de toute concession

Le bruit court que vous avez commencé à créer, très jeune, vos propres vêtements…
IS : Ha ! Alors, dans les années 80, je rêvais d’une Chevignon, la fameuse doudoune avec le canard dans le dos que tous les ados s’arrachaient à l’époque. Je n’avais évidemment pas les moyens de me l’acheter, alors j’ai décidé d’en faire une copie, sur les machines qui étaient à la maison, et que j’avais rapatriées dans ma chambre. Dès que je l’ai portée, ça a été instantané : quelqu’un a voulu que je lui en en fabrique une, et les demandes se sont enchaînées. J’allais rue de Charonne, voir la vendeuse de plumes qui vendait du matériel pour faire des coussins. Elle me remplissait mes doudounes et je rentrais à la maison. La cuisine était pleine de plumes, ma mère hurlait ! Je vendais les doudounes à des amis, qui parlaient de moi à leurs amis… J’en ai vendues beaucoup, j’ai pu mettre de l’argent de côté. J’avais 16 ans !

Par la suite, vous êtes devenu modéliste, pour maîtriser les techniques de découpage, le process de fabrication…
IS : Je crois que j’ai toujours été, plus simplement, curieux. Quand je fais quelque chose, je m’intéresse à toutes les étapes de fabrication. Même quand je redécore mon appartement : j’aime voir ce que font les peintres et comment, j’aime observer la façon dont les meubles sont fabriqués.

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Qu’est ce qui a changé depuis vos premiers modèles ? Comment a évolué votre manière d’imaginer des vêtements ?
IS : J’ai toujours voulu proposer quelque chose de différent, sans suivre la mode, les tendances. Je crois qu’il faut à tout prix se détacher de la mode : trouver des nouvelles techniques, des nouvelles matières, des choses qui sortent du lot et qui, sans être commerciales, sont néanmoins portables. J’essaie de faire les choses à ma manière.

Comment définir l’expérience Isaac Sellam ?
IS : Ce nom, Isaac Sellam Experience, je l’ai choisi parce que justement, j’avais une grosse expérience avant de monter ma propre marque ! C’est en quelque sorte l’expérience que j’ai eue, ajoutée à celle que je réalise à travers mes vêtements.

Cette épine dorsale qui rend un vêtement Isaac Sellam reconnaissable au premier coup d’œil, le côté à la fois brut et ultra-sophistiqué de vos peaux… A quoi ça tient ?
IS : Ouh la… je n’en sais fichtre rien ! Je fais uniquement les choses avec amour, uniquement par amour, et c’est tout. Je n’ai pas… Je ne cherche à impressionner personne. Je fais ce que j’ai envie de faire, c’est tout. Mes petites agrafes dorsales, c’est parti d’un coup de cœur, je les avais repérées chez un ami, sur un tapis. J’utilisais déjà des agrafes diagonales, et j’ai immédiatement cherché à adapter l’effet du tapis, qui m’avait tapé dans l’œil. J’ai mis un temps fou avant de trouver le bon système.

Les collections Homme et les collections Femme nécessitent-elles des approches différentes ?
IS : De manière générale, je travaille d’abord le détail. La silhouette, le vêtement viennent après. L’approche est différente, surtout pour les collections d’hiver. Je prends mon temps pour la collection Hiver Homme. Je réfléchis, je peaufine et tout arrive fin janvier. Quand j’attaque la collection Hiver Femme, qui doit être prête début mars, le temps est déjà compté, on travaille jour et nuit.

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Collection ISAAC SELLAM pour hommes et pour femmes

A quoi ressemble, en phase de création, votre journée idéale ?
IS : Quand je suis au top de ma forme, une journée parfaite ressemblerait à… deux jours. Disons que je peux passer la journée à imaginer une pièce, faire le patronage dans la soirée, le donner à couper le lendemain matin, et sortir le prototype quelques heures plus tard. Je n’ai pas besoin de faire des fiches techniques… Je suis un petit restaurant, moi, pas une grande chaine ! Tout est fait ici, à l’atelier, tout est fabriqué sur place, du début à la fin, avec une équipe de 14 personnes. Il faut que le produit soit pérenne, qu’il soit apprécié à sa juste valeur. Nous mettons beaucoup de respect dans nos vêtements, et nous espérons qu’ils inspirent ce même respect. Je vais à l’encontre de la surconsommation, parce que je pense que c’est un manque de respect pour ce que nous fabriquons.

Vous collaborez avec LECLAIREUR depuis 2004…
IS : Quand j’ai lancé ma marque, je pensais déjà aller directement frapper à la porte de LECLAIREUR. Lors du premier rendez-vous rue Hérold, j’ai dû attendre près d’une heure et demie et quand il est arrivé, Armand m’a dit que c ‘était trop tôt. Les choses ont bougé quand j’ai fait le Tranoï à Austerlitz, où Armand a vu des blousons en python et m’a envoyé son acheteur qui m’a pris un blouson. Un seul ! Mais il s’est vendu… LECLAIREUR a repassé commande, doucement. C’est lorsque je suis passé au crocodile qu’une belle histoire s’est mise en place, et qu’Armand m’a vraiment pris au sérieux. Aujourd’hui, j’ai le privilège de faire un peu partie de la famille.

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Direction Créative : La Frenchy (Mary-Noelle Dana, Michael Hadida) pour LECLAIREUR
Images & Montage : Véronique Adler
Musique : For All Intents and Purposes by Falling For Frankie (SuperPitch)
Archives Personnelles : Isaac Sellam Experience.