Lizan Freijsen — Chassez la nature, elle revient au galop

Une tache sur un plafond représente une toile vierge pour une imagination fertile: des mondes entiers peuvent émerger de ces nébuleuses.

La fascination de Lizan Freijsen pour les taches et la moisissure remonte aux vacances de son enfance à Hulshorst et Oisterwijk aux Pays Bas, où des taches sur le plafond au-dessus de son lit planaient comme des fantômes. Elle a su les apprivoiser en les fixant longtemps, les laissant se distiller, se répandre au fil des contes de fées qu’elle imaginait. Son esprit vagabond et apaisant avait ainsi tout loisir de la bercer jusque dans les bras de Morphée.

Les mondes que l’enfant entrevoyait dans ces taches en ont ouvert d’autres dans sa vie d’adulte. La fascination de Freijsen pour les traces d’humidité et les moisissures perdure. Elle les transforme d’ailleurs, désormais, en oeuvres d’art: ses sublimes tapis en laine moelleux, aux contours polymorphes et aux subtils dégradés de couleurs terre, plus décoratifs que dérangeants, répandent leurs formes de manière organique sur la surface où on les pose. Car les tapis de Freijsen se fixent autant aux murs et aux plafonds que sur le sol.

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Afin d’alimenter son travail, Freijsen collectionne les taches. Après avoir envoyé des cartes postales à 4000 habitants de Rotterdam, sa ville natale, sollicitant leur aide dans sa quête de taches intrigantes, elle a rendu visite à la quarantaine de personnes ayant répondu à se requête, les interviewant sur les histoires potentielles que cachaient leurs fuites d’eau.
Elle puise également son inspiration dans le lichen, celui qui pousse lentement dans la nature, dont les motifs et couleurs subtils s’apparentent dans son esprit aux mêmes traces d’humidité qu’elle repère dans les foyers. Afin de métaboliser ces phénomènes naturels, elle photographie ses sujets et les passe au numérique, pour optimiser les images. Une fois transformées en tapis, ces images atteignent une troisième dimension.
L’artiste continue à broder des histoires autour de sa collection de taches, les rangeant par catégories. ‘Le paradis’, ‘Corps’, ‘Animaux’, ‘Chez soi’, ‘Atmosphère’, donnant une spécificité à ce qui est généralisé. “L’eau ne fait aucune distinction, elle s’infiltre partout”, dit-elle. Les taches qu’elle laisse “donnent corps, à mes yeux, à de nombreux récits, sur les bâtiments, sur les relations, et sur les effets du temps.”

Faire de l’art à partir de phénomènes naturels en perpétuelle évolution, utiliser « le dessin laissé par la nature”, en produisant de captivants objets intemporels, tel est le génie de l’oeuvre de Lizan Freijsen.

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Les tapis de Lizan Freijsen sont disponibles à LECLAIREUR Saint Ouen.